Chrysopée : voyage vers l’auto-édition (3/3)

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Dans les précédents articles sur Chrysopée (1 & 2) il a été respectivement question d’écriture et de maquette. Ce troisième volet abordera la question de l’impression. Il s’agit de vous expliquer les raisons qui m’ont poussé à choisir Copy Média et le bilan de notre collaboration sur Chrysopée. (spoiler : il est excellent)

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I Choisir un prestataire
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Dans la jungle de l’impression, l’auto-éditeur a deux possibilités : faire appel à un imprimeur physique, qui lui expédiera les ouvrages (à la charge de l’auteur de mettre un support de vente en place, donc) ou passer par un imprimeur à la demande qui se chargera aussi d’expédier les ouvrages et de collecter l’argent.
Et vous avez une troisième option : faire tout vous même mais n’est pas Thomas Munier qui veut.

S’il existe un nombre colossal d’imprimeurs physiques possible, l’impression à la demande possède quelques leaders sur le marché.

Lulu.com et le service d’Amazone, Create Space.

Je me suis d’abord penchée sur la possibilité de l’impression à la demande. L’idée d’avoir un support gérant les achats et les envois à ma place étaient tentant, avouons le. J’avais 3 exigences pour Chrysopée :

1) que le livre ai un format qui se rapproche le plus possible du carnet (plus petit qu’un A5 donc)
2) que le livre soit en couleur pour rendre honneur au travail de Marion, l’illustratrice.
3) Que l’impression soit de bonne qualité, voire qu’il me soit possible d’avoir une couverture rigide.

Lulu.com :

J’ai naturellement commencé par Lulu, qui est connu dans le milieu du jdr auto-publié.
Pour quelles raisons j’ai fais machine arrière : Il aurait fallu que je me cantonne au A5 et les tarifs des ouvrages couleurs sont absolument PROHIBITIFS. Je veux dire, 32 euros un A5 couleur à l’unité ? JAMAIS.
Deuxième raison, la qualité d’impression de Lulu n’est pas toujours au rendez-vous, tout comme la qualité de son papier. Les tarifs concurrentiels proviennent bien de quelque part, et c’est sans doute de ce papier bas de gamme (et de l’exploitation d’ouvriers au Bangladesh ?)

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Create Space :

Si vous voulez un retour sur Create Space, je vous invite à vous rendre sur cet article de Vivien Féasson qui revient sur sa publication du jeu « Perdus sous la pluie » avec ce service.
Pour quelles raisons j’ai fais machine arrière : c’est Amazon. Je reconnais leur hégémonie mais… disons que c’est idéologique, je préférerais encore ne pas avoir à leur donner de l’argent.

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Ingram Spark :

est un service d’impression à la demande basé en Amérique qui propose des formats assez variés pour des prix plutôt sympas, même en couleur. Ils ont un service pour l’auto-édition et une autre branche pour les pros.
Pour quelles raisons j’ai fais machine arrière : même si j’ai bien failli passer par eux, leur contrat affiche un prix pour toute correction qui est énorme ! Je voulais un système qui me permettait de ne pas payer 50 euros la moindre faute de frappe ou erreur de colorimétrie. Et avec ce système de publication, impossible de se rendre compte du résultat avant qu’il ne soit trop tard.
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Pour une fois, j’ai donc pris mon temps et suis allée demander des devis à d’autres imprimeurs à la demande.
Quitte à faire, mon bouquin ferait travailler des gens non loin de chez moi et me garantirait une vraie relation humaine avec l’imprimeur.

J’ai réalisé des devis chez Book on Demand (BOD), chez Jouve et chez CPI. Les deux derniers avaient l’avantage d’être basés en France et rattaché à des imprimeurs réputés pour leur qualité de travail.
Résultat : Book on Demand, en plus de proposer des formats très restreints, s’avérait être plutôt mauvais sur la gestion des droits d’auteurs (ce sont les retours internet récurrents qui m’ont appris ce fait). Quand à Jouve et CPI, leur excellent travail se traduisait logiquement par des prix inatteignables pour ma bourse. Ils m’auraient empêché de proposer un livre à moins de 30 ou 40 euros, ce qui est absolument impensable dans le milieu du jeu de rôle indépendant quand on a 117 pages à faire relier.

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A force de chercher sur internet, je suis tombée sur le témoignage dithyrambique d’une petite éditrice à propos d’un imprimeur physique : Copy Média.
Le nom sonnait comme celui de la boite qui a imprimé tous les mémoires de ma promo de fac mais je me suis décidée à leur demander un devis.

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II Copy Média
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24H après mon devis (sur lequel j’avais spécifié que je souhaitais un petit nombre de tirage pour un marché de niche), j’ai reçu à 19h le coup de téléphone d’une commerciale a-do-ra-ble qui a pris le temps de parler avec moi de mon projet et de mes exigences.
Mon dieu, à 19h, avec un sourire dans la voix et une patience remarquable…

Aurélie, qui allait accompagner Chrysopée jusqu’au bout, m’a renvoyé deux devis. Un en couverture souple et un en couverture rigide pour un format 14×18, très proche de mon souhait de départ.
La couverture rigide, Aurélie m’avait prévenu, m’empêchait de concilier mon prix de vente idéal et une marge correcte.
On a donc décidé ensemble de préférer la couverture souple et d’y ajouter deux options très chouette : un pelliculage « soft touch » pour un effet mat et doux et surtout une encre transparente sur certains détails de la couverture. Pour le choix du papier, elle m’a envoyé un petit carnet d’échantillons. J’ai opté pour un blanc satiné 115g. Assez souple pour la lecture et assez épais pour « absorber » la densité des illustrations couleur.

Ensuite c’est leur service pré-presse qui m’a bluffé en me passant un coup de fil pour s’assurer de m’envoyer le bon gabarit. (c’est à ce moment là que j’ai appris qu’Xpress était une pièce de musée).
Ils m’ont laissé travailler tranquillement durant près d’un an.
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Jusqu’à ce que, comme convenu, j’ai une couverture à leur envoyer pour un essai d’encre transparente.

Aurélie me répondait en quelques heures et j’avais le service pré-presse dans les 24h au téléphone. Ils ont tout détaillé avec moi : les fonds perdus, le pourcentage de bleu dans la couleur de fond, les réglages d’Indesign. Des anges. Et ensuite, sans que je le leur demande, ils m’ont envoyé un essai par courrier.
Il s’est avéré que mon fond était bien plus jaune que prévu. Ni une ni deux, ils me rappellent pour m’expliquer que c’est à cause du pelliculage et qu’on va refaire un essai.
La planche d’essai que je reçois est cette fois accompagnée d’un nuancier de couleurs possibles pour que je me rende compte de la densité des réglages.

J’ai pensé très fort à Ingram Spark et j’avoue que j’ai beaucoup ri intérieurement.

Finalement, lorsque la version finale de Chrysopée a été achevée, il me restait 15 jours avant la convention d’Octogônes. Autrement dit, pour l’imprimeur, un délai ultra serré.
Mais ils ont assurés quand même. Ils m’ont envoyé un BAT en 4 jours, appliqués mes corrections en 24h (elles ont été facturées mais ils m’avaient prévenus) et j’ai reçu mes 50 exemplaires par Chronopost 13 avec 3 jours d’avance ! Avec 5 exemplaires cadeau, paf, comme ça.
Un miracle, qui doit évidement aussi beaucoup à Marion qui a bossé comme une folle pour tenir les délais.

Chrysopee small
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III Bilan

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Je ne regretterai jamais mon choix. Je retournerai même chez Copy Média en courant.
1) le service commercial est ultra efficace, hyper compétent et toujours disponible.
2) La qualité d’impression est au rendez-vous. Le papier est vraiment blanc, les couleurs justes, la reliure impeccable. Quelques exemplaires étaient un petit peu abîmés au déballage mais rien de notable.
3) Le service pré-presse est constitué de super héros qui gèrent comme des pros et en font même plus qu’ils ne pourraient.
4) On se sent accompagné de A à Z pour toutes les démarches de création ou de gestion. Ils répondent à toutes les interrogations, même les plus naïves, avec patience et sympathie.
5) Ils ont des upgrades sympas : l’encre transparente, les papiers de qualité, les finitions de couverture, les formats variés…

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IV Bon, et on cause d’argent maintenant ?
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Oui, parce qu’évidement, un service comme ça a un prix. L’exemplaire me coûte 13,45 euros à produire. Une fois ôtée la TVA à 5,5%, Marion et moi nous partageons les bénéfices moitié/moitié. Il me paraît fondamental que Chrysopée, qui doit aussi sa qualité à ses illustrations, rémunère Marion à la même hauteur que moi. C’est une professionnelle que je ne pourrai jamais payer à sa juste valeur aussi c’est le moins que je puisse faire. Un carnet de voyage sans esquisses n’est rien.

Du coup, pour 20 euros du prix de vente, Marion et moi gagnons chacune 2,8 euros.

Cette logique obéit à la charte éthique que je me suis fixée :

1) Publier un jeu dont le prix reste accessible.
2) Publier un jeu avec une vraie qualité de papier et d’impression dans un format original.
3) Publier un jeu en couleurs pour que le travail de Marion brille à sa juste valeur (il s’avère que sur la version définitive, 100% des pages sont des pages couleurs).
4) Payer mon illustratrice autant que moi-même ce qui est la plus juste valeur possible à mes yeux.
5) Faire travailler un imprimeur proche de chez moi dont je suis sûre de la probité.
6) En tant qu’auteur, m’assurer une relation directe et efficace avec mon prestataire.
7) Et évidement, faire que le livre fini me plaise. Quand on passe deux ans sur un jeu, on aime que son travail trouve l’écrin qu’il mérite.

Voilà, vous savez désormais tout ce qui se cache sous la couverture de Chrysopée.
Je recommande évidement Copy Média (et Aurélie) à tous mes amis auteurs. Gardez à l’esprit que l’addition sera bien plus salée que Lulu ou Create Space, 50 exemplaires à 13,45 euros font une addition rondelette, et qu’ils vous faudra gérer les frais de port et la gestion d’une boutique.
Mais voilà, je voulais un beau livre. Je l’ai, dans tous les sens du terme. Je peux le partager avec vous j’en suis profondément heureuse.
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PS : Et qu’est ce qui se cache derrière les 4,50 euros de frais de port ? L’achat des enveloppes à bulle renforcées pour protéger votre livre comme il faut, l’envoi en prioritaire et…. l’emballage du jeu, parce que ça me fait plaisir de vous expédier quelque chose avec amour (mais si j’en dis plus, je brise le suspense). Ils compensent aussi la part que se taille Paypal sur le prix de vente.

Je reconnais que ce n’est pas donné, presque 5 euros pour un livre. La FNAC et Amazon nous ont mal éduqués. Mais c’est le moyen que j’ai trouvé pour que vos livres vous parviennent vite et en bonne état sans que je perde de l’argent (sur 2,8 euros, ça va vite !)

Cet article est finalement un coup de promo pour Copy Média mais aussi un plaidoyer pour les tarifs que je pratique. J’affirme ces choix d’édition comme étant ceux que qui concilient au mieux la valeur de notre travail à Marion et moi, l’envie de respecter votre budget, la volonté de travailler avec un circuit éthique et l’attention que je porte au livre que vous aurez entre les mains.

J’espère que tout ceci, vous le ressentirez vous aussi à la lecture. Écrire un jeu pour changer le monde n’a de sens que s’il s’incarne dans mon bureau pour commencer !

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