Chrysopée : voyage vers l’auto-édition (2/3)

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Dans la première partie, j’essayais de vous expliquer les étapes qui permettaient à une idée de jeu de devenir un texte jouable.

A présent, nous allons causer d’aspects beaucoup plus matériels, à savoir le support du jeu et en l’occurrence ici : le livre.

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II.Faire sa maquette.

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En fait, il est possible d’imaginer des tas de supports différents pour un jeu de rôle. Une clé USB, une vidéo, du son… Mais le livre reste le support privilégié de la majorité des créateurs. Le développement de l’édition a ainsi habitué les joueurs à posséder des ouvrages parfois d’une grande qualité esthétique et technique.

Pour vous qui voulez vous lancer dans l’auto-édition, il va falloir s’armer de patience voire de quelques contacts graphistes pour vous aiguiller. Si vous maîtrisez déjà la publication assistée par ordinateur (PAO), ce chapitre risque bien de ne rien vous apprendre.

Quels sont les logiciels de PAO à votre disposition ? Le plus connu fait parti de la suite Adobe (au mettre titre que Photoshop) : c’est Indesign. On trouve également Quark Xpress ou Scribus. Je ne connais pas du tout ce dernier mais je peux vous parler des deux autres.

Xpress : j’avais, dans les DVD datés de ma prime jeunesse, une veille version d’Xpress. C’est donc avec lui que j’ai commencé mon premier maquettage de Chrysopée. Xpress a l’avantage d’être très intuitif et de fournir un résultat efficace en peu de temps.

Mais il est parfaitement old school ! Après des heures passées sur le logiciel, imaginez ma tête quand l’imprimeur m’a dit -gentiment moqueur- « Vous savez, ça fait 10 ans qu’on n’utilise plus Xpress… » L’angoisse. J’aurais pu continuer mon travail sur cette base mais j’ai décidé, pour faciliter l’utilisation de mes fichiers par des tiers, d’investir dans une copie pirate d’Indesign.

Indesign : Il est vrai que si Xpress fournit le travail efficace d’un universitaire consciencieux quoi qu’un peu vieux jeu, Indesign lui est largement supérieur. Pas beaucoup plus compliqué à prendre en main (et puis le Web regorge de tutoriels pour à peu près tout ce qui vous aurait échappé), il est aussi beaucoup plus confortable d’utilisation.

Parce que croyez-moi, à côté du maquettage qui vous attend, l’écriture c’est du pipi de blob. Changer de logiciel en cours de route est également l’une des plus mauvaise idée qui pourrait vous venir à l’esprit : vous perdrez une quantité colossale d’heures à refaire vos gabarits et à remettre votre texte à peu près correctement.

Bref, quite à faire, prenez un bon logiciel tout de suite et quitte à choisir, Indesign n’est pas un mauvais choix du tout (même pirate).

Gabarit, quoi que c’est ? : Les logiciels de PAO fonctionnent avec un système de gabarit. Avant d’intégrer votre texte et vos images, il faudra créer votre mise en page aussi précisément que possible. Cette mise en page sera ensuite répercutée automatiquement sur les pages qui vous intéressent et vous évitera la corvée de replacer sans cesse de nouveaux éléments au fil des pages, vous assurant par là même une belle cohérence visuelle.
Ce travail s’accompagnera de la mise en place des styles de texte : programmer chaque type de texte (citation, titre de chapitre, sous-titre, etc) pour pouvoir l’appliquer rapidement par la suite. Cette étape vous permettra aussi de générer une table des matières en quelques secondes car, croyez-moi, vous ne VOULEZ PAS vous taper le sommaire à la main au fur et à mesure des versions !

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III. Du pratique et de l’esthétique.

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Il ne faut pas vous leurrer. Il sera difficile d’obtenir la qualité de mise en page d’un ouvrage de l’édition. Sauf si vous connaissez un graphiste qui veut bien vous aider, auquel cas vous lui devrez une fière chandelle.

La maquette changera aussi probablement au fur et à mesure des versions, tandis que votre idée du jeu s’affinera. L’ambiance des playtests viendra nourrir votre mise en page jusqu’à ce qu’elle vous satisfasse.

Aucun conseil ne pourra vous guider pour le côté esthétique. On ne fait guère plus subjectif que l’allure d’un livre mais ne vous privez pas de l’avis de quelques personnes proches.

Si votre pote graphiste a cinq minutes, il pourra aussi relever les abus de style qui font tâche : trop d’ombres portées, des choix rigolos mais un peu casse-gueule, des problèmes d’homogénéité, etc.

Place to Go, People to Be a publié cet été un guide de maquette qui pourra vous aider à surmonter les erreurs les plus communes.

Mais s’il y a bien deux-trois éléments que Chrysopée m’a appris, c’est que :

  • On ne fait jamais assez attention à la cohérence du livre. Tous les types de texte identiques doivent se ressembler, tout comme la structure des pages – c’est en cela que les gabarits et styles vous seront des plus utiles –
  • Il faut éviter d’utiliser les effets d’Indesign comme les ombres ou les reliefs. Ils ne sont pas si beaux que ça à l’impression.
  • Trouvez-vous un imprimeur avant d’entamer la maquette définitive. Tous les imprimeurs ont des exigences de marge ou de fonds perdus différentes et voir tout son travail décalé après un petit réglage de 2mm c’est… quand dire ? Lassant.
  • Enfin, ne faites pas comme moi, ne lésinez pas sur l’option « saut de page »…
Est-il utile d’investir en parallèle dans un logiciel de retouche d’image ?
Comme Photoshop. Oui, ne serait-ce que pour vous assurer de la qualité de vos illustrations. La majorité des imprimeurs demandent des images à 300 dpi/ppp (dots per inch/pixels par pouce). Si vous voulez vous assurer que tout ira bien, vous pouvez tabler sur du 400 dpi. Photoshop vous permet d’enregistrer vos images à la bonne résolution.
La manipulation idéale, même si franchement chronophage, consiste en fait à :
  1. noter la taille de vos cadres images sur Indesign (calibrez les avec l’image même de mauvaise qualité)
  2. enregistrer vos images directement à la taille du cadre sous Photoshop avec la bonne résolution
  3. Réimporter vos images correctement taillées dans Indesign.
Oui, c’est l-o-n-g. Mais vous vous garantissez un bon résultat à l’impression sans pour autant avoir une image immense qui alourdirait votre pdf final.
Si Photoshop vous angoisse à fond, vous pouvez aussi utiliser SmillaEnlager. C’est un chouette petit logiciel gratuit qui permet d’agrandir des images sans nuire à leur qualité, ou de zoomer sur des détails avec un vrai souci de rendu.

Pour Chrysopée, le panel des logiciels utilisés comprend :

  • Ce bon vieux Xpress, au moins pour les 4 premières versions.
  • Indesign pour la version finale, gloire à lui
  • Photoshop, pour un peu de retouche et beaucoup de re-dimensionnage.
  • Tvpaint, que je trouve très confortable quand il s’agit de retoucher un dessin.
  • Photofiltre, pour le passage du PDF en jpeg et l’assurance d’avoir des images N&B en niveau de gris.
  • SmillaEnlarger, à utiliser avec parcimonie si vous ne voulez pas vous retrouver avec des images super HD XXL et donc un pdf de… 6 Go ! (vécu, oui)

PS : Indesign, ce bâtard, affiche les images en basse définition quand vous travaillez avec lui. Même si elles sont en 400 dpi, elles auront l’air toutes pixelisées. Je vous le dis tout de suite, ça vous évitera une colère à 2h du matin quand vous vous rendrez compte de la blague.

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exemple xpress
La première version de la page sous Xpress. (la V4 précisément)
exemple indesign
La même en version finale sous Indesign. Elle a quand même une autre gueule !

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Les choix esthétiques de Chrysopée :

  • Un petit format plutôt inhabituel en 14 x18cm, pas facile à trouver chez les prestataires d’impression à la demande (mais nous y reviendrons dans la troisième partie) et qui a demandé pas mal de retouche sur les polices pour s’assurer d’un confort de lecture.
  • Des illustrations couleur qui se devaient d’être en bonne qualité
  • Une allure « carnet » indissociable du récit de voyage. Cet aspect a été surtout travaillé sur Indesign et a fait l’objet de deux version : une version « avec plein de bouts de papiers », qui ne faisait pas l’unanimité chez les lecteurs. Certains la trouvaient sympa, d’autre la trouvaient artificielle. Mon inquiétude était qu’à l’impression, le tout fasse vraiment cheap. Et une deuxième plus « illustrée » à partir des dessins de Marion. Tout le monde a approuvé la deuxième version, qui est donc restée.
  • Une couverture souple, qui était surtout une question financière. Le livre ne devait devenir inabordable alors la couverture rigide a laissé la place à une version souple avec de l’encre transparente pour lui donner plus de cachet.

Au final, combien d’heures passée sur cette maquette ? Impossible à dire. Disons que sur les deux ans qu’à duré ce projet, une bonne année a été nécessaire pour travailler sur ce point précis.

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Voilà ce que je pouvais raconter du maquettage. La troisième partie sera consacrée au choix de l’imprimeur, choix cornélien s’il en est mais loin d’être insurmontable. On en profitera pour causer business-plan.

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