Le quincailler lui avait finalement dégoté un vieux mantel usé mais tenace.

 

© Lionel Reynier

Le vêtement ralentissait considérablement la marche, prenant le vent comme deux ailes de chauve souris, mais cheminer dans la fournaise devenait supportable grâce à lui. Au milieux de ce désert miroitant, le tissu opaque et noir semblait vouloir se venger de la moindre parcelle de soleil en l’engloutissant totalement. Le tissu craquant aurait pu être filé dans un morceau de trou noir.

Arrivée au sommet d’une crête de dune, elle discerna une forme au loin, qui se découpait entre le ciel beige et le sable orange. En plissant les yeux, elle distingua des piliers. Ou pas exactement.
« Un squelette de dragon… »

Posées sur une dune, de longues côtes blanchies et polies par le temps s’étiraient dans le soleil. Elles prenaient l’allure des couples d’une nef colossale et fantomatique. Quelques vertèbres à demi découvertes formaient un escalier jusqu’au sommet.

« On pourrait penser à une vieille Acropole ou à un chemin de prière… »

Elle resta longtemps à contempler les restes du dragon gigantesque, à imaginer la bête derrière les restes poncés par le désert. Il s’était couché là pour mourir, lové dans cette dune immense, mais semblait pouvoir s’éveiller à tout moment, dépliant à nouveau ses ailes filandreuses vers ce ciel d’or blanc.

Le mantel finit par lui tirer si fort la peau du cou et des cuisses, qu’elle dut s’arracher à sa contemplation pour décoller le tissu obscur et reprendre sa route. Elle devait sortir du marais de dunes avant la nuit pour trouver un abri contre les rafales.