La nuit avait dévalé sur le monde en un rien de temps.

 

Le vent était tombé brusquement puis l’ombre avait glissé depuis l’est en une marée silencieuse et infinie. Quelques minutes plus tard, l’épais sable mou couleur de feu s’était recouvert d’un voile gris bleu. Et avec la nuit, avait émergé un silence froid et total.

Roulée au bas d’un rocher adossé à une pente pour se prémunir d’un éboulement de dune, elle tourna son visage vers le ciel. Si le jour il fallait éviter à tout prix de regarder la voûte incandescente pour épargner ses yeux, le ciel nocturne était d’un bleu profond tirant vers le noir.

Petit à petit, les étoiles montèrent de l’horizon et reprirent leur place au dessus du désert. Elle n’eut pas de mal à repérer la Grande Veneuse et sa Compagne. Les deux astres jumeaux pulsaient méthodiquement, se répondant l’un et l’autre dans un langage mystérieux. A côté de leur présence irisée, les autres étoiles n’avaient l’air que de petits éclats de perle sans importance.

Les légendes d’ici voulaient que le Soleil offrit un jour le ciel étoilé à la Lune comme voile de mariage pour qu’elle s’en drapa chaque nuit avec orgueil.

Ce fût ce qui la frappa soudain : nulle par sûr la voûte on ne voyait le croissant blanc. Elle comprit pourquoi la nuit du désert était si dense et sévère. La seule lumière qui voulait bien éclairer l’endroit venait des étoiles.

L’explication logique était sans doute que, à cette latitude, la Lune était trop basse pour vaincre les pyramides de sables qui crénelaient le paysage. Elle était condamnée à luire en vain au ras du sol.

Mais peut être que le désert ne voulait simplement plus de lumière. Peut être que, saturé de soleil chaque jour, il aspirait au repos de l’obscurité complète et retenait la Lune captive loin de son zénith. Le pouvoir du désert.

Elle se saucissonna plus serrée dans son mantel et se mit en position fœtale pour dormir. Avec son oreille collée au sable, elle perçu le son sourd et mat d’une vague furieuse. Une dune s’effondrait sans doute à des milles de là.