A ce stade, il fallait être honnête: les cartes ne lui servaient définitivement plus à rien.

 

Elle avait espéré pourtant que les variations restent éparses, qu’elles ne soient que temporaires sur quelques dizaines de miles. Mais à présent c’était trop évident. Depuis trois jours déjà le paysage n’avait plus rien à voir avec celui répertorié sur ses rouleaux.

Elle poussa un très long soupir intérieur. En général, les cartes restaient fiables pendant les deux tiers du trajet. Elle venait à peine de dépasser la moitié.

Oh, ce n’était pas vraiment la faute des cartographes qui tâchaient d’être aussi précis que possible. Mais recenser toutes les dunes, tous les rochers, tous les reliefs de cette étendue prenait des années. Et le temps d’en faire le tour, au moins un tiers du paysage avait eu le temps de changer complètement au grès des vents et de la tectonique des failles. Les cartographes avaient toujours un train de retard sur le désert.

De dépit, elle jeta au vent l’intégralité de ses rouleaux. Ils s’envolèrent instantanément comme des mouettes furibondes et elle regretta ce geste imbécile. Sans les cartes, le trajet allait devenir long, très long et particulièrement périlleux. Combien de temps supplémentaire lui faudrait-il pour arriver à destination ?

Quelle importance, puisque le panorama s’était totalement transformé depuis le dernier relevé ? Puisque chaque côte, chaque dénivelé, avait été modifiée ? Il ne restait plus qu’à se fier au paysage. A son allure brute. Lire le vent dans les monticules de poussière, repérer les rochers en plus grand nombre, évaluer la texture du sable…

Les cartes suggéraient de continuer vers le nord-est. En l’absence d’un indice, elle décida de les croire encore quelques heures avant de se poser sérieusement la question:

Était-elle perdue ?