Le relief commençait à changer subtilement.

 

Les dunes se faisaient moins hautes, moins raides. Le sable était plus compact sous les semelles et s’agglutinait en petits grumeaux à l’ombre des rocs. La pierre aussi était différente. Le grès sombre se veinait de calcaire toujours plus blanc et éclatant. Toujours plus sec et brûlant était le paysage. Son intuition lui disait qu’elle marchait dans la bonne direction.

Arrivé au bas d’une pente douce, son pied buta sur un bloc à peine enfoui qui manqua de la projeter la tête en avant. Ses doigts cherchèrent avec curiosité l’objet du piège. La marche était si monotone que toute nouveauté permettait de retrouver un brin d’énergie.

Les doigts trouvèrent. Du bois. Creusant encore, ils dégagèrent le flanc d’un grand et large poteau à la surface grêlée de milles petits trous. Les tempêtes avaient fini par coucher ce rempart. Le désert l’avait recouvert et, poursuivant sa route, le laissait à présent à fleur de jour.

« Un eau-vent » murmura-t-elle en caressant le vieux bois momifié. Un reste de ces grands toits de tissu miroitant, plantés contre le vent pour ralentir l’avancé du sable. Il avait dû y en avoir des centaines à cet endroit, piégeant le vent chargé de poussière venu du nord. Ce vent qui poussait les dunes encore et encore, toujours plus loin, vers les cités et les jardins. Elle remonta la colline qu’elle venait de descendre sur les fesses.

Elle tâcha d’imaginer que, quelques années plus tôt, cette étendue brûlante avait fleuri, chanté et bu la pluie.

Implacablement, le désert avait avancé. On avait laissé les eau-vents ensablés disparaître, on en avait planté d’autres plus loin et ainsi de suite. Elle repensa aux milles parcourus depuis des jours. Ces milles qui avaient été des routes, des maisons, des lavoirs. Un port, peut-être ? Et le désert avançait toujours, malgré les palissades et les fossés.

« Les pires désastres se font sans fracas. Lentement, sûrement, ils engloutissent tout dans le silence. »

L’horizon s’embrasa sur la droite avec la descente du soleil. Un éclat fulgurant qui répandit sur le sable un rouge pourpre de vin mûr. A l’exception d’une petite zone qui continua de briller blanc. La mer !

L’émotion lui souleva la poitrine. Si la lumière s’avérait être un mirage, s’en était fini du voyage. Elle dévala la dune pour la deuxième fois et couru vers la ligne blanche et dansante. Les dune se tassèrent, le sable compact supporta sa course au lieu de la happer. Le mantel claqua au vent en découpant l’air stagnant. L’air n’était plus chaud, il était infernal.

Une derrière volée de dune franchie lui dévoila ce qu’elle cherchait.

Une plaine immense, sans aucun relief s’étendant jusqu’aux confins du monde. Elle stoppait net le paysage vallonné du désert, remplaçant ce dernier par un verni blanc et rose, une étendue marbrée brillante de craquelures. Plus de vent. Plus de sable. Rien qu’un sol vitrifié à l’odeur caractéristique.

Là où elle devait aller maintenant.

A travers la Grande Mer de Sel.