Le sel absorbait l’humidité.

 

C’était pour cette raison, lui avait-on expliqué, que la pyramide bâtie à l’orée nord de la Mer de Sel était faite d’immenses bloc blancs et salés. Ainsi aucune goutte d’eau ne pouvait demeurer à l’intérieur. Ni ne pouvait seulement y exister. La pyramide était sécheresse. Sécheresse et fournaise, et rien d’autre.

Elle entra sur la pointe des pieds. Personne. Rien. Avant d’aller plus loin, elle s’appuya sur la paroi rappeuse du vestibule. Dehors, tout était d’un blanc insultant. Sous cette architecture de sel, l’ombre était la bienvenue. Elle filtrait des parois épaisses et grésillantes et nimbait l’espace d’un gris rosé mystique.

Elle aurait tant voulu s’asseoir pour de bon dans cette petite entrée nue et sombre. Fermer les yeux. Dormir. La chaleur extérieure n’était rien comparée à celle de ses muscles meurtris. Il lui restait peut être un brin de marche. Rien en comparaison des miles qu’elle avait déjà engloutis. Mais ces derniers pas lui paraissaient infaisables. Chaque fibre de sa chair lui hurlait « Arrête toi. Par pitié. »

Elle serrait toujours l’orbe mordoré contre son sein. Elle n’osait imaginer les crampes qui guettaient le moment où elle lâcherait son irradiant petit paquet. Il pulsait fort contre son sternum, l’enjoignant d’avancer encore. Plus vite. Presque avec colère. C’était une injonction qui ne souffrait ni désobéissance ni hésitation.
AVANCE.
C’était la pulsation.
AVANCE.

Elle se détacha de la paroi de sel avec un craquement de feuille collée. Deux colonnes encadraient l’entrée suivante d’où émanait une lueur brumeuse.
AVANCE.
Elle passa dans la pièce. L’unique pièce de la pyramide à dire vrai.
Une grande pièce qui épousait le triangle de l’architecture. Un trou au sommet déversait un faisceau de pur soleil qui venait frapper une dalle surélevée et l’éclaboussait de son éclat.
AVANCE.
Le reste de l’espace était brumeux et terne en comparaison.
Figée sur le pas de la porte, elle constata qu’hormis ce fil de soleil il n’y avait rien dans la pyramide. Pas de nourriture, pas de pompe, pas de puit.
« Et je n’ai pas de quoi tenir un trajet retour… »
La pulsation se fâcha à nouveau. Comme une gifle.
AVANCE.

Elle eût soudain envie de se débarrasser de ce capricieux petit globe insensible à sa détresse. Elle marcha vers la dalle, le seul endroit qui semblait vouloir accueillir la sphère. Une minuscule coupelle taillée dans le sel éclatant épousa la courbe de l’orbe. Le faisceau de soleil fila droit sur la surface nacrée et disparu à l’intérieur.

Elle en resta bouche-bée. La boule de verre mangeait la lumière !

Il ne se passa rien. Rien, jusqu’à ce que tous les blocs de sel se mettent à frémir, à vibrer, à gronder. Le sol se mit à trembler, elle perdit l’équilibre.

Et l’orbe, gorgé de lumière se mit à rayonner d’un seul coup. Il déploya une onde qui lui percuta les yeux. Au travers de sa souffrance, les tempes battantes, elle devina que le globe déployait maintenant tout son vitrail de couleur dans l’air saturé de la pyramide. Elle avait le vertige. Le goût âcre de la douleur dans la gorge.

Et elle entendit. Un crissement. Ce n’était ni le sel, ni le sable.

Mais la surface émaillée de la sphère qui se fendait.

L’orbe éclata dans un coup de tonnerre.