C’était un véritable ouragan qui habitait à présent l’unique salle de la pyramide.

 

L’orbe, en éclatant, avait libéré son contenu: un vent furieux, tourbillonnant, qui soulevait des morceaux de sol et griffait les murs pour en arracher des éclats coupants.

Dans l’œil du cyclone, seule restait la minuscule dalle recouverte des fragments du globe. Elle s’était plaquée dessus, jambes et coudes à portée de la tempête, et plantait ses ongles dans le sel de toutes ses forces pour ne pas être aspirée et fracassée contre une paroi. Le vent était devenu jaune de roche et de poussière concassées. Il feula comme un animal en cage, roulant autour de la dalle de plus en plus vite.

Elle vit le rocher arriver trop tard.

Un gros bloc de sel vitrifié, emporté par la furie hurlante, lui percuta le coude à toute volée, la faisant lâcher prise. Elle hurla de douleur et de terreur. Son bras en feu ballottait en arrière, incapable de revenir saisir le bord de la dalle. Son unique chance était son autre main désespérément agrippée. Le rocher avait éventré le mantel et ses vêtements, laissant une trace à vif. Le flux de vent chargé de grains tranchant ne cessait de passer et de repasser dans la plaie. Lentement, il ponça la peau jusqu’à ce qu’il n’y en ai plus.

Elle pleurait. Le sel lui brûlait les yeux. L’eau n’avait pas le temps de déborder de sa paupière qu’elle était aspirée par le cyclone. Elle regardait son bras impuissant dans un demi rêve causé par la souffrance.

Le vent cessa d’un coup. Tout son corps retomba comme du chiffon. Inconsciemment il prit la position fœtale qui protégeait des assauts du désert. La douleur de son bras remontait dans tous les nerfs de son corps. Elle n’osait pas baisser les yeux vers la plaie à vif. Ses iris tremblant ne pouvaient fixer que droit devant eux. Elle vit quelque chose monter vers le plafond. Encore une fois. A nouveau. De plus en plus.

« Des gouttes… »

Sa conscience s’ouvrit d’un seul coup alors qu’elle observait son propre sang monter en grosses bulles au dessus de son corps.Elle tourna la tête vers le haut dans un effort surhumain et son cœur cessa de battra un instant.

Au dessus de sa tête, dans le faisceau de soleil, le vent s’était réduit à un tourbillon. Non, il s’était plutôt « concentré » dans un tout petit espace qui semblait habité par toutes les tempêtes du monde. Et le sang qui coulait de la blessure montait, attiré par ce chaos de sel et de sable. Gouttes après goutte, il se mêlait à ce prodige terrifiant. Et le mélange gonflait, grandissait, s’étirait dans un peau devenue trop petite. Comme manipulé par un souffleur de verre invisible, la pâte perdit lentement son aspect brut et beige pour dévoiler des reflets dorés de lave en fusion.

Il n’y aurait pas de trajet de retour…

Couchée là au cœur de la pyramide, elle assistait à ce qui n’était écrit que dans les vieux textes. Vieux textes lus par de vieux sages qui parfois envoyaient quelqu’un sur leur piste.

Le magma en suspension gonfla encore. Il grondait d’impatience, bullait de rage. Il tournoya encore et encore avant d’acquérir une texture d’argent fondu. Il se replia sur lui-même puis s’étira encore. La température était devenue insupportable. Cette chose absorbait toute trace du soleil et la concentrait en son cœur.

La pyramide, dans ce paysage sans humidité, était le lieu parfait… Un incubateur idéal… pour un… œuf.

Dehors, une tempête semblait s’être levée. entourant le lieu de cette incroyable alchimie.

Toujours, le sang continuait d’irriguer la forme en gestation.

Elle se sentit soulevée de terre pourtant son corps épuisé ne bougeait pas.

Puis, saturé de lumière, le prodige poussa un cri formidable. Tout trembla sous l’écho. Le mélange s’étira le long d’un axe, tirant d’impatience pour accélérer le processus. Sa surface se nimba d’un milliard de nuances de vert et de jaune. Il ne cessa de se contorsionner jusqu’à ce que la métamorphose soit achevée.

La tempête qui ébranla alors la pyramide avait un chant caractéristique.

« Le vent… du… nord… »

C’était donc ainsi que le désert avançait. A chaque grande tempête. A chaque naissance.

Elle ferma les yeux,un étrange sourire vint jouer sur ses lèvres et son esprit monta encore. Il frôla la puissance bouillante qui la surplombait. Il y eût eu le soleil. Et puis plus rien.

Au même instant, la créature d’or vert fusa vers la voûte embrasée du ciel. Elle monta en flèche dans une traînée de poussière enflammée.

Dans une auréole de feu, le dragon déploya ses immenses ailes prismatiques. Il poussa un long cri-chant qui se répercuta sur toutes les dunes du désert et fondit sur le monde, la Grande Tempête dans son sillage.

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