Pourquoi le crowdfunding m’emmerde un peu

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Le 5 mars, Pitch a publié sur le site Le Thiase, un article/étude sur les souscriptions dans le milieu du jdr. Chiffres à l’appui, il expose -à mon sens, avec justesse-, les problèmes qu’engendre cette nouvelle façon de financer des projets de jeu de rôle de la part des éditeurs (particuliers et associations sont exclus de ce travail car leurs situations sont trop diverses et difficilement comparables)

Dans l’article sont visées :

  • la question des bénéfices que fait l’éditeur en librairie après une souscription alors que le crowdfunding lui retire le risque financier qu’il prenait via les circuits traditionnels, et qui justifiait ses bénéfices comme « le fruit logique de son audace ».
  • La question de la confiance qui lie les souscripteurs à la maison d’édition, entre rares abandons et retards plus ou moins longs. Sans compter la question de la communication, qui fait parfois défaut pour informer de l’avancée du projet.

La question du risque financier assumé (ou non) par l’éditeur est un point qui soulève beaucoup de débats et de désaccords. Des souscripteurs-actionnaires au crowdfuding-marketing, détracteurs et soutiens s’opposent mordicus.

 

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Les éditeurs sont-ils à ce point d’abominables salauds qui refusent désormais de se mouiller pour se faire une marge folle en librairie après l’équivalent d’une étude de marché aux frais de la princesse, ou presque ?

Se sont-ils juste adaptés à leur public, souvent internetophile, pour le trouver là où il est, lui offrir des produits plus adaptés et profiter du succès de quelques titres pour en dénicher d’autres plus complexes à porter ? Quand ce n’est pas la seule et unique solution pour continuer à faire vivre une boite qui coulerait autrement ?

Entendons-nous. Je n’ai pas vocation à condamner le boulot des éditeurs. Ce n’est pas leur attitude que j’ai dans le collimateur, parce que je ne saurais pas juger leurs décisions ni leur implication dans le milieu.

C’est le crowdfunding en lui-même qui m’emmerde. Et pas que pour le jdr, ça marche aussi pour les événements culturels. Il a créé (ou est en train de le faire) des comportements empoisonnants.
Cette réflexion ne veut pas être un réquisitoire mais une observation  de la transformation des pratiques des acteurs, souteneurs et souscripteurs, autour du crowdfunding.

 

Quand les boites s’en mêlent.

En fait, le financement participatif pour les projets individuels ou associatifs ne me pose absolument aucun problème. Bien au contraire, même. C’est un outil formidable qui permet aux micro-structures d’échapper à l’enfer des dossiers de financement ou aux rejets en masse de leurs idées par des institutions devenues frileuses.

Non, moi ce qui m’agace, c’est que cette plateforme a été colonisée par des entreprises solides et très malignes, qui ont senti le filon et qui sont en train de biaiser son fonctionnement :

Un ami disait que maintenant, le crowdfunding est devenu un élément marketing indispensable. Que le projet soit bouclé ou non, finalement, ce qui compte c’est d’avoir été vu et d’avoir pu analyser si les gens étaient prêts à mettre de l’argent dans un projet, et à quelle hauteur.

Bref : une étude marché qui dit à moitié son nom.

Ce qui me tue, c’est la perversion de ce système parce qu’elle engendre volontairement une terrible confusion pour le public et qu’elle impose une pression terrible, très connue dans le milieu des techniques de vente.

  1. Vous croyez acheter votre produit à un designer indépendant ? A une petite boite ou à l’équipe de 5 personnes que vous voyez sur la vidéo de promotion ? Eh bien non. Combien de jeux de cartes sur Kickstarter sont vendus sous le nom du graphiste quand c’est Bicycle qui s’en charge. Vous n’allez tout de même pas me dire que cette boite n’a pas les moyens de payer des jeux sans crowdfunding, si ? La proximité dans le discours du crowdfunding n’est pas toujours la réalité. En résulte que pour les vraies petites structures, pour qui le système a été pensé, les voilà noyées, plongées dans les abysses, parce que des projets d’envergure ont envahi la place avec des moyens marketing imbattables.
  2. Le procédé des contreparties, qui est devenu une habitude des projets en financement participatif, créé une attente consumériste néfaste à mes yeux. Vous ne soutenez pas seulement le projet, vous attendez de savoir ce qu’on va vous donner en plus : figurines, cartes, dédicace, illustrations, coffret… Une course aux goodies que les petits projets ne peuvent pas gagner sans se ruiner (ce qui est paradoxal). Quand une entreprise offre des superbes contreparties parce que son circuit le permet, que peut-faire le particulier ? Pas grand chose. Et maintenant, qui proposera un produit sans contrepartie sur ces plateformes risquera bien de se casser les dents. [Heureusement, il y a Tipeee. Mis en place pour les youtubeurs qui en avaient assez de la politique des droits d’auteur drastique de Youtube, le site permet de soutenir financièrement sans contrepartie aucune. Juste pour le plaisir du soutien d’un projet. Un tel site permet d’envisager que la contrepartie n’est pas une nécessité pour obtenir un don, et pourrait faire des petits dans d’autres domaines que la production vidéo. Il serait bon de voir si le jeu de rôle peut s’en inspirer, par exemple].
  3. La pression de la technique de vente, c’est de se dire que si on ne souscrit pas de suite au projet, il subira un échec qui le condamnera à ne jamais exister. C’est la fameuse technique des comptes à rebours sur les sites discount ou des promotions du site de la SNCF. Pire, si le projet ne se fait pas, ce sera la faute au public qui n’a pas été au rendez-vous. Ou alors c’est que le produit n’avait pas de marché et aurait été un échec de toute façon.

Ce qui me permet une transition directe sur la question fondamentale de la dé-responsabilisation. Elle n’est pas forcément là où on le croit. Elle ne se situe pas nécessairement au niveau des boites qui proposent des projets.

 

Les financiers dans tout ça ?

Lorsqu’une boite a besoin d’argent pour soutenir son affaire, elle va en demander où elle peut. A la banque, aux institutions publiques, aux mécènes…

Avec l’engouement pour le crowdfunding, et l’arrivée d’entreprises solides dans ce marché, que pourront donc répondre les banques ?

« Faites donc un financement participatif, on verra ensuite. »

Le crowdfunding n’est plus seulement une étude de marché et un plan marketing, c’est aussi une étude de solvabilité. Lorsque je vois des événements culturels et des salons se tenir en kickstarter (ou faire tout comme), je me dis qu’on marche sur la tête : ce n’est pas le rôle du public que de tenir un projet. Toutes les structures qui ont été pensées pour soutenir des idées à risque pourront invoquer l’échec d’une souscription pour se désengager ou renforcer leur emprise.

Le crowdfunding a été envisagé comme un gage de liberté, et c’est certainement ce qu’il est du côté lumineux de la Force, mais son côté obscur c’est qu’il permet à un tas d’acteurs de se montrer précautionneux, de se réfugier derrière ses résultats et surtout, de faire basculer la responsabilité d’un aboutissement sur le public, et quasiment lui seul.

 

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Liker ou ne pas liker…

Le dernier aspect ce sont les votes Facebook. Sorte de fame-crowdfunding (en français c’est vraiment moche comme expression : financement par la célébrité), ils représentent l’étape suivante dans cette idée.

Public, nous te donnons ce que tu veux ! Ce pour quoi tu as donné ton argent/voté ! Ce que tu aimes !

Tu vois, c’est toi qui a le contrôle. Quelle merveilleuse sensation de pouvoir. Ceux qui ont été ignorés peuvent repartir, merci.

Au risque de passer pour l’affreuse gauchiste que j’assume être, c’est une posture terrible qui me rappelle la loi du plus fort. Cette bonne vieille méritocratie-qui-n’en-est-pas-une mais qu’on invoque quand même pour justifier le sang sur le sol.

Non, quand une boite solide est sur le même terrain qu’un indépendant, ce n’est pas de la méritocratie. Les arguments de « l’originalité », du « ton », de « l’idée » et de « l’investissement-passion » ne tiennent pas trois minutes face au rouleau compresseur que représentent des milliers d’euros ou de dollars.

C’est le jeu ma pauv’ Lucette. Si tu as été aimé, c’est que tu étais bon. Si tu as échoué, revois ta copie. Ou disparaît, victime d’une concurrence déloyale ou des algorithmes de Facebook.

 

Mais n’est-ce pas le rôle des boites que de soutenir des projets performants, parfois en dépit des réactions épidermiques du public ?

Et d’abord, est-ce une bonne chose de ne se contenter que de l’avis des souscripteurs ? Ou plutôt, de ne plus proposer que des choses qui obtiennent pré-paiement par leurs acheteurs ? Est-ce qu’on n’en arrivera pas à un marché des « choses qui marchent » ? C’est gravement sous-estimer le public qui aime être secoué, surpris, étonné…

En plus, je trouve ça hypocrite d’annoncer au public qu’il décide quand finalement il est utilisé comme garantie ou comme fusible par des structures qui devraient être à son service.

 

Qui est au service de qui, finalement ?

 

EDIT : A froid, je trouve qu’il manque un paragraphe à cet article, bien que son contenu ne soit pas immédiatement lié à ce que je développe au dessus. Il est plus personnel et polémique (si c’est encore possible).

 

La question des contreparties devenues une nécessité quasiment tacite du financement participatif créé une posture de reconnaissance par l’argent que notre monde actuel ne devrait pas continuer à encourager de la sorte.

Elle peut se résumer à cette seule phrase « Si tu as plus d’argent, alors tu auras plus que les autres. » Ce qui, concrètement, se traduit par le fait que plus vous pouvez payer cher votre souscription, plus elle sera assortie de petites attentions. Prenons l’exemple du jeu de rôle papier. Certaines des contreparties, il est vrai, seront finalement partagées par tous si le montant récolté est suffisant -les fameux, paliers- et qui concernent surtout la couverture cartonnée, les illustrations en couleur, la qualité de la reliure ou du papier, etc.

Je trouve cela très bien.

Mais si jamais la motivation du bien commun n’est pas suffisante, alors il y aura des écrans, des pochettes, des autographes ou des artworks personnalisés. Le plaisir de posséder un coffret collector, c’est à dire un truc vachement mieux que le voisin parce que je m’y suis pris avant lui ou que j’ai un salaire plus élevé… est un drôle de mécanisme.

Par honnêteté, je me dois de dire que moi aussi je suis sensible aux belles collections et que je serai prête à donner plus pour avoir ce goodie charmant qui me fait de l’œil. Je ne blâme pas les acheteurs de ces belles formules, j’ai été parmi eux et aux anges.

Mais en tant qu’éditrice de mes propres jeux, je me suis forcément heurtée à cette possibilité quand la question du financement de mes projets est venue sur la table. Bon nombre de mes connaissances auraient été prêtes, elles me l’ont dit, à payer plus cher un jeu assorti de contreparties originales et de qualité.
Sans compter le fait que je n’étais pas certaine de ne pas me faire avoir en investissant dans des goodies qui auraient pu me couter plus qu’ils ne m’auraient rapporté, je me suis refusée à cette possibilité.
Quiconque achètera mon jeu achètera la même chose qu’un autre lecteur. Bien sûr, cela nécessite de trouver un équilibre entre un prix abordable et un objet satisfaisant tant pour eux que pour moi (car n’oublions pas qu’un auteur aussi ressent de la frustration quand son travail ne prend pas la forme qu’il lui avait rêvé).

Parti pris politique -mais qu’est ce qui n’est pas politique dans cette question de financement, quand on y regarde de plus près ?- auquel tout le monde est libre d’apporter sa propre réponse. La compétition matérialiste que nourrissent beaucoup de financements participatifs, cette légitimation du meilleur par l’argent à un niveau individuel me chagrine terriblement.

5 Responses

  1. Fred Mestre

    Merci pour cet article clair et compréhensible. J’éprouve des sentiments plutôt négatifs sur le financement participatif depuis quelques temps déjà et voici des mots mis (et bien mis) sur mes idées confuses.
    Merci donc.

    • Morgane

      Tant mieux, c’était le (modeste) but que j’espérais atteindre ! Et merci pour le partage, j’espère qu’il sera utile à d’autres.

  2. Maxime G

    Hello,

    Nous en avons discuté ensemble et tu connais mon point de vue, très en ligne avec le tiens, sur le crowfunding. J’aimerai simplement appuyé sur deux points que tu évoque.

    – La question de la « pré-vente ».

    Pour ce qui est du JDR j’ai souvent l’impression de voir en ces projets de crowdfunding, une pré-vente. Quand je vois des projets ou le premier palier de don possible est à 49-60€ et que donc la récompense (désormais nécessaire comme tu le dis) qui en découle est le livre de base, je me dis que les gens porteurs du projet ne sont pas là pour faire naitre un projet, mais pour le vendre, purement et simplement. Sous pression ou pas de leurs partenaires, ça je ne peux en juger. Toujours est-il qu’il semble quasi anormal que quelque « back » un projet sans en obtenir le produit final.

    De même, je trouve anormal que des projets qui ont toute la puissance financière et de comm’ puissent avoir accès à ce type de financement. J’en prend pour exemple le dernier projet de JDR m’ayant marqué : L’Appel de Chtullu 7è édition, qui affiche tout fièrement avoir été financé en 25 minutes de publication du projet. Ce jeu – et ses éditeurs l’ont reconnu – n’avait pas besoin de crowdfunding, car il était déjà financé. Cela a juste été une campagne de pub de 30 ou 60 jours (je ne me souviens plus du temps de publication limite) aux frais des internautes et une grosse pré-vente. C’est en tout cas comme cela que je le vois et j’estime que c’est une forme de concurrence déloyale. Car ce projet vient, du coup, éclipser dans le même temps tous les plus petits projets sur la même période. Restons toutefois honnête, dans ce cas précis les éditeurs ont renvoyés vers deux autres projets de JDR publiés en même temps sur la plateforme, nul doute que ça a été bénéfique pour eux. Mais avaient-ils vraiment besoin de faire ce financement ? Non.

    – La question du fame-crowdfunding.

    C’est un problème qui se développe de plus en plus j’ai l’impression. Dans les milieux auxquels je m’intéresse il est fréquent de voir un nombre non négligeable de personne faire régulièrement le tour de leurs contacts facebook pour obtenir un vote dans tel ou tel concours. La photo/création obtenant le plus de « like » étant ainsi sacrée championne/gagnante. Je trouve cela très dangereux pour la création. D’une part, parce qu’on consacre des images qui n’ont pas nécessairement un intérêt graphique/artistique à seule fin de satisfaire un public le plus large possible. D’autre part, parce que plus vous avez de contacts et plus vous les harcelez, plus vous avez de chance de gagner : l’auteur d’une belle image, s’il n’a pas de compte facebook peut gentiment rentrer chez lui. Et non nous ne sommes pas tous égaux devant les réseaux sociaux. Enfin, parce que cela dégrade très clairement à la fois la vision des milieux artistique et à la fois la pratique professionnelle des métiers d’art et notamment ceux de l’image).

    Comme tu l’indique, c’est à mon sens , une pente très dangereuse.

  3. Xavier "Globo" de Canteloube

    Le CrowdFunding (CF) pose un certain nombre de problèmes et j’aimerais profiter de l’impulsion de Morgane pour en discuter avec vous.

    1) Le CF comme moyen de lutte anticapitaliste.

    Il me semble qu’il est porteur d’un réel pouvoir anticapitaliste. En effet, il fait la preuve que le financement de projet ne doit pas nécessairement passer par le crédit … Dans un monde néolibéral, il fait la preuve que le financement par subvention est possible, voir souhaitable. Il brise l’hégémonie de l’« argent dette » qui fait vivre les banques.

    2) Un manque de législation et de « protection » pour le « consommateur ».

    Les « dérives » du CF viennent plus à mon sens du manque de législation et de la confusion des genres entre produit et œuvre d’art que d’autres choses.

    Quels reproches faire au CF actuellement ?
    – Les « backers » ne sont pas garantis de voir aboutir les projets qu’ils soutiennent -> il faut imposer des garantis de remboursement au cas où le projet n’aboutirait pas.
    – Les projets « prennent » trop de délais -> il faut imposer des pénalités financières en cas de délais et cela devrait apparaitre dans la présentation du CF.
    Quelques parts ces deux premiers points sont liés. On pourrait avoir dans la présentation du CF, en même temps que les « paliers », des « échéances » du type : On vous le livre pour dans 6 mois, si ce n’est pas le cas on vous rend 10% de la somme investie par mois de retard.

    – Rien n’oblige contractuellement les émetteur d’un CF à fournir 1) un travail de qualité 2) ce qu’ils se sont engagé initialement à fournir. -> ici aussi, il faudrait que la législation autorise les backers à demander remboursement, si le produit délivré ne correspond pas à leurs attentes une fois le CF terminé.
    – Comment faire valoir son droit de rétractation de 14 jours ? A compté de quand ? De la livraison ou de la date de souscription (ce qui pose d’autres problèmes si elle est livrée 6 mois plus tard) ?

    Par exemple : Je back un travail sur DD5 rendu possible par l’OGL de Wotc. Je le back sur la simple affirmation de : « on va vous faire un truc de dingue » et je reçois un jeu fait à la vas vite, sur une base de traduction sommaire. Je suis déçu et j’estime avoir été floué de la somme investie. Je souhaite retourner le produit que l’on m’a fait parvenir contre remboursement, comment je fais ?

    3) Du rôle de l’éditeur et de la prise de risque.

    Il est clair qu’il serait souhaitable d’avoir des structures différentes pour des CF d’origine différentes. Il me parait nécessaire de pourvoir distinguer les « produits » donc les démarche d’études de projets, des « démarches artistiques ».

    Vous me direz que c’est peut-être la distinction à faire entre tipeee et ulule … Dans un cas on soutient une démarche artistique et dans l’autre on est dans du marketing et une recherche d’étude de projet.

    La confusion vient en premier lieu au fait que ces deux démarchent peuvent être la cause d’un CF. Dans le premier cas, on est en présence d’une étude de marché, d’une étude de faisabilité et éventuellement d’un appel à financement. On est alors dans la recherche d’un « produit » idéal à fournir à un « marché ». Ce qui pose le problème de la redéfinition du rôle historique de l’éditeur et notamment de sa relation à la prise de risque qui disparait du fait du CF comme l’explique justement Morgane plus haut.

    Dans l’autre cas, il y a un artiste qui a un projet qu’il cherche à financer. Il ne fait pas un CF pour chercher l’approbation du « marché ». Il cherche simplement des mécènes puisque les « financiers » traditionnels (les banques) ne sont pas prêts à prendre le risque de le financer eux-mêmes, il s’adresse au public, par le biais du CF pour pouvoir se financer sur un de ces projets.

    Personnellement, sur un travail d’artiste, je suis prêt à prendre un pari. Mais sur un travail marchand, je préfère voir la marchandise avant d’investir. En conséquence de quoi, je pense qu’il faut boycotter les CF des « gros » éditeur sauf à pouvoir consulter des produits fini avant de backer. C’est-à-dire que j’estime que les éditeurs ne doivent proposer un CF qu’une fois le produit fini car je ne veux pas en tant que consommateur assumer les risque d’un produit « qui ne trouve pas son marché » à la place des éditeurs. Je le souhaite d’autant moins que 1) je veux un produit qui réponde à mes attentes et 2) je ne suis pas rémunéré pour le risque que je prends si je back. Or je n’ai que la « bonne foi » des demandeurs de fonds comme garantie en contre partie de mon soutien financier.

    À moins que je ne sois plus considéré comme un client, mais comme un acteur capitaliste, comme un investisseur. En tant que financier capitaliste, je veux alors une part des profits fait sur les ventes ultérieurs de livre une fois le projet financé. Je veux la part de profit qui me serait due si j’étais éditeur et que je prenais le risque de publier un auteur …

    4) Et les boutiques

    Les grands absents de cette réflexion sont les boutiques. Déjà que les boutiques de jeux ont vu leurs rayons de JdR fondre comme neige au soleil, on peut aussi se poser la question de leur avenir. De même qu’il faut reposer la légitimité de la rémunération pour « prise de risque » de l’éditeur dans le cadre d’un CF, on peut aussi se poser la question de la survie et éventuellement de la transformation de ce que sont nos boutiques aujourd’hui. Les boutiques de jeux sont et doivent pouvoir rester des lieux de vie et d’expertise autour de l’activité ludique. Comment les financer si tout est vendu d’avance, par CF ? Pourquoi est-ce que l’on ne voit jamais dans les paliers de CF, des animations en boutique, des démonstrations, la possibilité d’alléger les frais de ports par livraisons en boutiques etc.

    Ce qu’il y a de plus fou dans cette histoire c’est que dans le triptyque historique auteur/éditeur/boutique, les seuls qui semblent bénéficier massivement de l’effet CF ce sont les éditeurs. Alors que ceux qui semblent avoir le plus de mal à vivre du JdR sont les auteurs d’une part et les boutiques qui finissent par ne plus vendre de JdR faute de rentabilité d’autre part.

    5) De la vente forcée.

    Si, le prix de vente d’un livre en librairie est de 60 euros, comment expliquer que j’achète en CF un livre à ce prix-là alors qu’il ne faudra jamais financer la « boutique » qui me vend le livre ???

    Si j’acheté mon exemplaire par CF je paye 60 euros et si je l’achète en boutique je le paye aussi 60 euros alors que l’on sait que sur ce prix, la marge de la boutique est généralement de 35% soit en l’occurrence presque 20 euros dans mon exemple.

    La question qui se pose est donc est de savoir ce que devient cette marge ?
    – Est-ce que ces 35% vont me revenir en « bonus goodies » du CF ? Mais, si je ne veux pas spécialement ces bonus ? Si je veux juste le livre de base à un prix correct ! En fait, tous ces « goodies » sont de la vente forcée et non les « bénéfices » des paliers atteints.
    – Est-ce qu’on va faire un geste financer et me rendre les 35% qui ne financent pas les boutiques ? Ce ne serait après tout que justice et au pire un geste commercial.
    – Est-ce qu’en contre partie de ces 35 % je serais rémunérer sur les « bénéfices » fait sur les ventes après la clôture du CF ?
    – Est-ce que ces 35% seront remis aux auteurs comme ce serait le cas s’ils s’auto-publiaient ?

    6) De la transparence

    De même qu’il faut que le « client » puisse demander à être remboursé. Il serait bon que ceux qui financent soient informés de la façon réelle dont les fonds collectés par le CF ont été utilisés. Cela mérite sans doute aussi un texte législatif pour contraindre à la transparence.

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